| FNE13 entre dans une année charnière : celle de ses 50 ans d’alerte, de veille et de combats juridiques au service du vivant dans les Bouches-du-Rhône. Une année qui s’ouvre sur une même question, simple et radicale : voulons‑nous continuer à nourrir, éclairer, déplacer la société… en fermant les yeux sur les poisons et les dégâts qu’elle inflige à ses territoires ? À Marseille, le procès des pesticides interdits rappelle que « nourrir » ne peut plus rimer avec « empoisonner ». Des tonnes de produits phytosanitaires illicites, utilisés pendant des années sur des milliers d’hectares, ont fini dans les champs, dans l’eau, dans les assiettes, au mépris de la santé des consommateurs comme de celle des paysans eux‑mêmes. Dans la plaine de la Crau, au Vallon d’Entressen, c’est un autre visage de la même logique qui a enfin été condamné : celui d’une décharge illégale transformant un paysage agricole d’exception en collines de gravats et de déchets. La décision du tribunal ouvre la voie à la fermeture du site, à la remise en état, à la protection de la nappe de la Crau et des prairies à foin AOP, mais elle laisse aussi en suspens une question essentielle : qui, en amont, produit et envoie ces déchets vers les filières illégales ? Qu’il s’agisse des projets industriels de TotalEnergies à la Mède, des infrastructures de transport comme le contournement d’Arles, ou encore d’un gestionnaire de réseau qui fait « comme si le monde n’avait pas changé », le fil rouge est le même : on continue trop souvent à penser l’énergie, les routes, les déchets, l’agriculture comme si le climat n’était pas déréglé, comme si les sols, l’eau, l’air pouvaient absorber sans limite nos choix collectifs. Face à cela, FNE13 revendique une autre façon de faire société : en donnant toute sa place au droit, à la science, à la participation citoyenne, et en soutenant celles et ceux — agriculteurs, habitants, élus, salariés — qui veulent sortir des modèles destructeurs. Le 28 mars 2026, nous fêterons ensemble les 50 ans de FNE13, non pas comme un anniversaire tourné vers le passé, mais comme un moment de partage, de transmission et de construction d’alliances pour les combats à venir. Que ce jubilé soit surtout l’occasion d’affirmer, plus fort encore, que nos territoires ne sont ni des poubelles, ni des laboratoires de pesticides, ni des couloirs à camions, mais des espaces de vie à défendre, ici et maintenant. |