Le domaine du Château La Coste, situé au Puy-Sainte-Réparade incarne l’évolution spectaculaire et controversée de l’œnotourisme en Provence. Quand l’art et l’hôtellerie s’installent au détriment de la nature.
Derrière sa façade de promotion de l’art contemporain et de dégustation de vin, il s’agit surtout d’un complexe hôtelier luxueux, dont la gestion est assurée par la famille MacKillen, figures majeures de l’hôtellerie internationale.

Permis en série et urbanisation accélérée
Patrick MacKillen, propriétaire du site et patron des célèbres hôtels Maybourne, use de son influence pour transformer ce territoire naturel en zone touristique d’exception. Tandis que sa sœur Mara gère la propriété, des permis de construire sont systématiquement délivrés, permettant l’édification de deux hôtels, de quatre restaurants, de galeries d’art et de nombreux pavillons d’architecte – parfois en pleine pinède, au mépris des cycles écologiques.
Or, sous couvert de valorisation artistique, ces installations entraînent une artificialisation accélérée des sols. Les galeries et œuvres monumentales nécessitent de vastes voies d’accès, la création d’infrastructures incendie qui sacrifieront arbres et corridors biologiques, et une pollution lumineuse qui bouleverse la faune sauvage. Depuis le début des années 2020, la métamorphose s’accélère, avec l’ouverture de nouveaux hôtels et bâtiments dont la véritable fonction demeure souvent floue.
Zones agricoles sacrifiées ? Les dessous du PLUI
L’urbanisation progresse également via des manipulations du PLUI du Pays d’Aix : des zones agricoles sont reclassées en zones urbaines, souvent en dehors des enquêtes publiques, facilitant la construction d’édifices privatifs dans des espaces naturels jusque-là protégés. France Nature Environnement Bouches-du-Rhône, alertée par l’artificialisation de ces espaces, s’est opposée à plusieurs points du dernier PLUI – en particulier le reclassement d’une zone naturelle située au cœur du domaine.
À ces atteintes à l’environnement s’ajoutent des problèmes d’assainissement et de gestion des déchets, que la municipalité semble ignorer. L’été, une station d’épuration dégage une odeur nauséabonde et déverserait des eaux polluées dans le ruisseau voisin. Des analyses sont en cours. Des chemins ruraux disparaissent, accaparés pour desservir les nouveaux équipements touristiques.
Expansion incontrôlée dans les espaces protégés
La situation s’aggrave dans les zones protégées. Sur une parcelle EBC (Espace Boisé Classé), le Château La Coste agrandit chaque année une « déballe » où sont stockés matériaux neufs et déchets – en pinède, avec la coupe d’arbres pour accompagner cette extension. À l’été 2025, un feu y a été maîtrisé in extremis grâce à l’intervention rapide des riverains et des pompiers.

Enfin, l’irrespect avéré de la réglementation locale (OLD) par la direction du domaine, la présence d’une haie non taillée malgré une injonction de justice, la non-intervention de la mairie et de la DDTM, font planer une inquiétude supplémentaire sur la sécurité et le respect du droit dans ce secteur déjà fragilisé.
FNE13 pose la question : le préjudice environnemental est-il moindre lorsqu’il s’accompagne de la construction de lieux d’art et d’hôtels plutôt que de maisons ou d’entreprises ? Les dégâts infligés à la biodiversité, l’artificialisation des sols, la destruction d’habitat naturel sont les mêmes, quelle que soit la finalité privée ou touristique du projet.
Il appartient aux citoyens, aux associations et aux pouvoirs publics de rappeler à l’ordre les promoteurs, et de défendre, coûte que coûte, les dernières zones naturelles de notre territoire.