France Nature Environnement Bouches-du-Rhône a déposé un avis très défavorable au projet de contournement autoroutier d’Arles dans le cadre de l’enquête publique. Nous dénonçons un projet « d’arrière‑garde » qui aggrave les nuisances, menace des espaces naturels uniques et tourne le dos aux engagements climatiques.
Pour FNE13, le projet ne s’attaque pas aux causes réelles des difficultés de circulation à Arles : congestion les week‑ends de beau temps et nuisances liées au flot de poids lourds en transit. L’association rappelle qu’existent déjà des solutions efficaces, comme la régulation d’accès aux péages les jours d’affluence, l’interdiction des poids lourds en transit international ou le développement du train, des transports collectifs et des itinéraires cyclables.
À l’inverse, le contournement proposé favorise le trafic routier toute l’année, avec une autoroute à capacité et vitesse augmentées, des échangeurs supplémentaires et un péage qui renverra une partie du trafic, y compris les poids lourds, sur le réseau existant en milieu urbain. Le tout, à grands renforts d’argent public (projet estimé à 1 milliard d’€ en 2020), sans garantie de report modal ni de baisse globale des émissions de gaz à effet de serre.

Une autoroute au cœur du « triangle d’or de la biodiversité »
Le tracé du contournement s’inscrit dans un territoire décrit comme le « triangle d’or de la biodiversité », aux portes de la Camargue et de la Crau, à quelques centaines de mètres du Parc naturel régional de Camargue. Trois sites Natura 2000 (Camargue, Rhône aval, Crau) sont directement concernés, ainsi que des ZNIEFF, une ZICO et une Réserve de biosphère, qui constituent des réservoirs de biodiversité d’intérêt national.
Selon nos experts naturalistes, le projet fragmentera des habitats naturels et semi‑naturels – zones humides, marais, roselières, ripisylves, prairies de fauche dont le foin de Crau, rizicultures et mosaïques agro‑pastorales – en rompant les continuités écologiques entre Camargue, Crau et Alpilles. Plus de 140 espèces d’oiseaux, 11 d’amphibiens, 12 de reptiles, 41 de mammifères dont 21 espèces de chauves-souris et plus de 450 espèces de plantes sont recensées dans le fuseau du projet, une faune qualifiée de « particulièrement riche et protégée » par l’Autorité environnementale.
Terres agricoles sacrifiées et risque d’inondation accru
Longtemps abandonné pour son impact environnemental, le projet a été relancé dans le cadre du plan de relance sous la forme d’un immense viaduc posé sur la plaine de Camargue et de Crau. FNE13 y voit une transformation radicale de ce paysage de plaine, contraire aux objectifs de protection de la nature, avec des remblais encore très importants malgré l’option viaduc.
L’association pointe deux points noirs majeurs : l’approvisionnement en matériaux, largement conditionné à une phase de la Ligne nouvelle Provence Côte d’Azur ni financée ni calée dans le temps, et l’amplification du risque d’inondation, déjà soulignée par l’Autorité environnementale au niveau du Grand Rhône, des échangeurs et de l’aire de service. Entre 150 et 200 hectares de terres agricoles seraient consommés, alors que les communes doivent réduire drastiquement l’artificialisation au titre de l’objectif Zéro artificialisation nette et que des centaines d’hectares ont déjà été sanctuarisés pour les projets du Grand Port Maritime de Marseille.
Qualité de l’air, bruit : une amélioration très incertaine
Pour les riverains de la RN113, FNE13 estime que la baisse du bruit et de la pollution ne peut passer que par une réduction du trafic, ce que la seule construction d’un contournement à péage ne garantit pas. Le réaménagement de la RN113, indispensable à une amélioration tangible, n’est ni financé ni décrit dans le dossier, rendant impossible toute évaluation sérieuse des bénéfices pour la qualité de vie.
Notre association souligne qu’avec un péage généralisé, le trafic sur les voiries actuelles, y compris en milieu urbain à Arles et Saint‑Martin‑de‑Crau, augmenterait d’environ 10%, avec davantage de bruit et de pollution pour les habitants. L’augmentation des vitesses maximales, même si elle ne fait « gagner » que quelques minutes, accroîtrait le bruit, les émissions atmosphériques et l’accidentologie, notamment en augmentant l’écart de vitesse entre véhicules légers et poids lourds.
Un combat de longue haleine
Au terme de ses observations, FNE13 conclut à un avis « très défavorable » au projet de contournement autoroutier d’Arles. La fédération affirme qu’elle engagera « toutes procédures utiles » pour empêcher la réalisation de cette infrastructure, qu’elle juge incompatible avec la protection de la biodiversité, la lutte contre le changement climatique et l’amélioration de la qualité de vie des habitants du territoire.
Les résultats de la participation à l’enquête publique
Le collectif “En travers de la route” qui compte plusieurs associations membres de FNE13, a analysé 1 668 contributions en ligne déposées dans le cadre de l’enquête publique relative au projet de contournement autoroutier d’Arles (17 novembre 2025 au 2 janvier 2026).
Les résultats sont sans ambiguïté :
- 71,88 % des contributions se prononcent contre le projet
- 10,43 % se déclarent favorables à une autoroute uniquement sous réserve de modifications majeures du dossier (notamment la gratuité totale et/ou la suppression de l’aire de service de Saint-Martin-de-Crau)
- 17,68 % seulement soutiennent le projet en l’état
Les motifs d’opposition se répartissent principalement ainsi :
- 44,24 % pour des raisons environnementales (biodiversité, climat, artificialisation des sols, soutien à l’agriculture locale, rejet du modèle du tout-camion),
- 10,64 % pour les impacts sur les trafics locaux et le report sur les axes secondaires,
- 5,71 % pour des raisons économiques (coût du péage, coût global et financement du projet),
- 4,58 % pour des conséquences spécifiques à Saint-Martin-de-Crau (trafic, aire de service),
- 11,56 % pour d’autres motifs
Sur un échantillon aléatoire de 300 contributions, 88 % des avis émanent d’habitants d’Arles et de Saint-Martin-de-Crau. Environ 10 % proviennent de territoires limitrophes (Alpilles, Nîmes, zone Fos-Martigues) et moins de 2 % de zones plus éloignées.
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