Manque de transparence, insuffisances méthodologiques et incohérences avec les objectifs réels de décarbonation et de réduction des pollutions. FNE13 pointe les failles majeures de ces dossiers.
L’examen des dossiers « HVO – Gas Plant » et « SMR » révèle en effet une présentation fragmentée des projets, des données environnementales incomplètes et une analyse d’impact lacunaire. Dans un territoire déjà fragilisé par des décennies d’activités industrielles, ces projets ne sauraient être examinés sans une évaluation globale, cohérente et sincère des enjeux environnementaux et sanitaires.
Rappel des projets
Les projets baptisés HVO – Gas Plant (modifications du traitement des gaz) et SMR (Steam Methane Reforming) font partie d’une démarche globale de décarbonation de ses processus que TotalEnergies Raffinage France (TERF et ses sociétés liées dont ALFI, Air Liquide France Industrie) sont tenues de mener d’ici 2030 et 2050 (projet Phoenix) et dont font partie :
- la transformation de la raffinerie historique en “bioraffinerie” pour traiter de l’huile de palme et ses dérivés, avortée en bonne partie à la suite du recours déposé notamment par France Nature Environnement
- les récentes opérations FeedFlex-Maïa et LMSaf, “qui ont conduit à une augmentation des émissions directes de 3000 tCO2e par rapport à l’étude d’impact de 2021“
- les présents projets HVO – Gas Plant et SMR annoncés pour 2028, dont certains travaux préparatoires ont déjà démarré
- les projets Masshylia 2030 (+ raccordement RTE) et Masshylia 2050, avec peu de précision sur les processus industriels envisagés.
Tandis que la concertation sur les projets HVO – Gas Plant et SMR est ouverte depuis le 16 octobre 2025, l’avis de l’Autorité environnementale (Ae) délibéré le 18 décembre 2025 exprime un grand nombre de recommandations, pour lesquelles les réponses du porteur de projet ne sont pas disponibles dans le dossier soumis à concertation. Il est donc particulièrement délicat de connaître les engagements de TotalEnergies (et autres) sur l’ensemble des insuffisances pointées par l’Ae, et d’émettre un avis circonstancié sur le dossier soumis à concertation, dans un contexte où la confiance des associations environnementales envers TotalEnergies est largement entamée.
“La dispersion des informations et l’absence de plan de synthèse de la totalité de la plateforme empêchent de disposer d’une vision d’ensemble du site et des différentes activités présentes, quel qu’en soit le maître d’ouvrage […] Le dossier porte sur la production d’hydrogène renouvelable et bas carbone, que le dossier qualifie de « projet ». Cette appellation n’est pas conforme à la notion de projet retenue par le code de l’environnement et au guide d’interprétation de la réforme du 3 août 2016.“
Ces projets présentés contribuent peu à la décarbonation
Tels qu’isolés dans le cadre des concertation publiques en cours, les projets HVO – Gas Plant (modifications du traitement des gaz) et SMR (Steam Methane Reforming) contribuent peu à la décarbonation industrielle : le projet SMR inclut une unité de production de 70 t/jour d’hydrogène décarboné à partir des produits légers (bioRog) issus de l’unité HVO ainsi qu’une partie du bionaphta obtenu dans le nouveau Gas Plant.
Si la décarbonation du site de La Mède doit passer par l’hydrogène décarboné (aux espoirs aujourd’hui refroidis), on peut s’interroger sur la justification de la multiplication de projets de ce type autour de l’étang de Berre.
… pas davantage qu’à la réduction des pollutions
Bien que réalisée à partir d’un état initial mal défini, l’étude d’impact pointe que le fonctionnement global du site génère des rejets atmosphériques de différentes natures, qui s’opèrent :
- de manière canalisée (les fours de l’unité REF5, de l’HVO et de l’unité de fractionnement ; les chaudières) avec des dépassements des valeurs réglementaires en concentration sur certains émissaires (chaudières, fours) sur les paramètres NOx et CO
- de manière diffuse (bacs de stockage, postes de chargement ou de déchargement, torche, TER), avec des dépassements significatifs pour les postes de chargement et de déchargement et pour les bassins de décantation des eaux huileuses.

Les annexes à cette étude indiquent en outre des teneurs en benzène parfois supérieures, en partie est du site, à l’objectif de qualité de l’air de 2 μg/m3. “L’Ae recommande de compléter le volet sanitaire de l’état initial en tenant compte de la valeur toxicologique de référence émise par l’Anses pour les particules.”
De même, “l’Ae recommande de préciser si les modifications apportées par FeedFlexMaïa sont de nature à modifier les conclusions de l’étude olfactive réalisée en 2020“.
Concernant les émissions de gaz à effet de serre, l’Ae note que “les émissions de CO2 fossile liées aux installations de combustion ont été réduites de 20 % durant cette période, le torchage a plus que doublé et les émissions de méthane (CH4) et de protoxyde d’azote (N20) ont quasiment été divisées par cent. Le lien avec les quantités de charges effectivement traitées n’est pas expliqué. Plus généralement, le retour d’expérience des conditions réelles de fonctionnement n’est pas pris en compte pour ajuster l’état initial retenu. L’inclusion de FeedFlex-Maïa et LMSaf conduit à une augmentation des émissions directes de 3 000 tCO2e par rapport à l’étude d’impact de 2021. L’Ae recommande de justifier l’état initial retenu et l’absence de prise en compte du retour d’expérience du fonctionnement en conditions réelles de la bioraffinerie.”
Cette autorité estime utile aussi ” qu’une réflexion soit menée pour passer d’une logique de gestion des potentielles incidences du passif environnemental à une véritable stratégie de réduction des pollutions accumulées au cours de décennies de fonctionnement de la raffinerie en saisissant les opportunités qu’offrent les mutations en cours“.
Qualité des eaux souterraines et consommation d’eau
Sur les zones d’implantation des opérations SMR et HVO-Gas-Plant, l’étude de pollution des sols relève l’existence de sources concentrées avec la présence d’hydrocarbures totaux, d’hydrocarbures volatils et de BTEX47 sur des profondeurs allant jusqu’à 3 m. Les HAP et les éléments traces métalliques (plomb, molybdène, mercure, cadmium, cuivre, nickel et zinc) sont détectés ponctuellement sur certaines zones. Ces pollutions de sols sont en corrélation avec les pollutions mesurées dans les eaux souterraines. Les analyses font en effet état, dans la nappe, des colluvions et de couverture et dans la nappe du marno-calcaire du Bédoulien d’une incidence d’importance variable allant de la présence d’hydrocarbures dissous à la présence d’hydrocarbures en phase libre sur une épaisseur pouvant atteindre plusieurs dizaines de centimètres (elle peut atteindre plusieurs mètres en d’autres endroits du site).
Malgré des ouvrages construits dès les années 1950 en périphérie du site de la raffinerie pour confiner les eaux souterraines, le dernier bilan fait état de la présence de pollutions en aval des dispositifs de confinement, dans la nappe des colluvions, sur le secteur situé à la pointe est du site de la raffinerie.

Le site est alimenté en eaux industrielles par le captage du Grand moutonnier, situé à Istres, dont les prélèvements s’effectuent dans la nappe des “cailloutis de la Crau”, l’une des masses d’eau régionales les plus exploitées. Peu profonde et perméable, elle est très vulnérable. L’autorisation de prélèvement du captage du Grand moutonnier a été augmentée en mai 2022 passant de 1,3 à 3,1 Mm3/an. L’étude technico-économique (ETE) requise par l’arrêté préfectoral du 2 mai 2022 et à remettre “sous 18 mois” a visiblement été réalisée. Elle n’est pas jointe au dossier. “L’Ae recommande de rappeler les raisons de la forte augmentation des besoins en eau en 2022 et de reprendre les calculs relatifs aux besoins théoriques en partant des utilisations observées et en détaillant les hypothèses retenues“.
→ Risque de feux de forêt
La colline entourant le site industriel de La Mède est couverte de pins d’Alep, particulièrement inflammables. Le risque feux de forêt est très présent dans les deux communes avec de grands incendies recensés à Châteauneuf-les-Martigues (2010, 2013, 2016) et Martigues (2017, 2020). Le dossier ne présente pas de carte de la localisation des derniers feux subis autour du site, ni le contenu du PPRIF qui a été approuvé le 30 juin 2025. “L’Ae recommande de présenter le risque incendie de forêt de façon plus complète.”
→ Biodiversité, déchets, impact du chantier
Le dossier présente de nombreuses lacunes, également pointées par l’Ae.
→ Etude de dangers – Etude de maîtrise des risques
Certaines informations sensibles (description des équipements, cartographies des zones de dangers, schéma détaillé des procédés, “nœuds papillon” des phénomènes dangereux) ont été retirées de la version mise à la disposition du public. “L’Ae recommande une communication plus explicite sur les risques associés aux opérations SMR et HVO Gas-Plant en cartographiant les effets sortants, en particulier pour l’information des lecteurs qui seraient non totalement au fait du plan de prévention des risques technologiques de la raffinerie.“
→ Solutions alternatives
“La variante consistant à produire de l’hydrogène renouvelable et bas carbone par la seule électrolyse de l’eau (projet initial Masshylia) ne dispose pas du niveau de maturité technique suffisant à sa mise en œuvre immédiate et à échelle du site de La Mède pour satisfaire l’intégralité des contraintes de la bioraffinerie en exploitation au regard notamment de ses incidences sur l’environnement et la santé humaine. […] L’Ae recommande de présenter l’analyse multicritère des variantes étudiées et de la variante retenue”.
Au final, FNE13 émet un avis très réservé sur les projets HVO – Gas Plant et SMR présentés par TERF et ALFI.
Les dossiers sont accessibles ici :
Pour TERF :https://www.registre-numerique.fr/projet-hvo-gas-plant
Pour SMR :https://www.registre-numerique.fr/projet-smr-la-mede