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Crau du Piboulon : une steppe provençale entre dans le cercle des espaces protégés

Cette colline de 11,5 hectares, à cheval sur les communes d’Alleins et de Mallemort, abrite l’un des derniers témoins des pelouses steppiques méditerranéennes de Provence.

Après plusieurs années de mobilisation associative, scientifique et citoyenne, le site franchit une étape décisive vers une protection renforcée.

Un patrimoine naturel discret mais exceptionnel

Sous ses allures de terrain sec et caillouteux, la Crau du Piboulon concentre une biodiversité remarquable. Les inventaires naturalistes conduits sur le site ont permis de recenser 406 espèces de faune et de flore, dont 39 bénéficient d’un statut de protection et 19 présentent un enjeu de conservation local.

Le site est notamment couvert d’une pelouse sèche apparentée au coussoul de la Crau, un habitat d’intérêt communautaire et prioritaire au sens européen. Cette mosaïque de pelouses, garrigues et milieux steppiques offre refuge à des espèces spécialisées, dont plusieurs sont devenues rares dans les plaines méditerranéennes.

Parmi elles figurent le Rollier d’Europe, la Chevêche d’Athéna, la Couleuvre de Montpellier ou encore l’Azuré du Baguenaudier. La flore n’est pas en reste : le site accueille notamment l’Ophrys de Provence, l’Anacamptide odorante et le Sérapias à petites fleurs, deux espèces protégées.

Photo © Collectif de Défense des Collines
Une reconnaissance attendue de longue date

Les conseils municipaux d’Alleins et de Mallemort ont entériné à l’unanimité la demande de classement de la Crau du Piboulon en arrêté préfectoral de protection des habitats naturels (APPHN). Ce classement vise à consolider juridiquement la protection d’un espace naturel dont la valeur écologique est désormais largement documentée.

La démarche s’inscrit dans le Plan de protection de la biodiversité métropolitaine porté par la Métropole Aix-Marseille-Provence, avec l’appui technique de la LPO PACA et de l’agence Genope. Le dossier de classement a été remis aux services instructeurs en décembre 2025.

La Crau du Piboulon devient ainsi la première réserve métropolitaine de biodiversité du département, un statut expérimental destiné à protéger des sites remarquables tout en associant les communes volontaires à leur gestion.

Éviter plutôt que compenser

Pour les défenseurs de l’environnement, l’enjeu dépasse le seul cas de la Crau du Piboulon. Le site illustre l’importance de l’évitement écologique : identifier et préserver les milieux remarquables avant que des projets d’aménagement ne les dégradent, plutôt que de tenter ensuite de les reconstituer.

Les pelouses sèches méditerranéennes, façonnées par des siècles d’usage pastoral et par des conditions climatiques particulières, ne se recréent pas facilement. Leur disparition entraîne celle d’espèces inféodées à ces milieux ouverts, souvent incapables de se déplacer vers d’autres habitats.

Une protection à faire vivre

Le classement en APPHN ne doit pas être perçu comme une fin de parcours, mais comme le point de départ d’une gestion durable. Surveillance des usages, suivi scientifique, sensibilisation du public et maintien des pratiques favorables à la biodiversité seront essentiels pour que la Crau du Piboulon conserve sa richesse.

FNE Bouches-du-Rhône appelle à la vigilance des collectivités, des services de l’État et des habitants pour que cette protection se traduise concrètement sur le terrain. Car derrière ce petit massif se joue une question plus large : notre capacité à reconnaître, avant qu’il ne soit trop tard, la valeur des milieux ordinaires en apparence, mais irremplaçables en réalité.