Le projet d’extension du site Eiffage Métal à Fos-sur-Mer s’inscrit au cœur d’une zone industrialo-portuaire déjà fortement sollicitée et écologiquement sensible.
La consultation de l’enquête publique concernant le projet d’extension de la société Eiffage Métal, située sur la Zone industrialo-portuaire, a pris fin le 11 février 2026. Celle-ci porte sur la demande d’autorisation environnementale déposée par la société Eiffage Métal pour une extension de son site de production. Cet agrandissement devrait permettre la création d’une plateforme dédiée à la fabrication et l’assemblage de structures métalliques pour les énergies marines renouvelables.
France Nature Environnement Bouches-du-Rhône, Vigueirat Nature et le Collectif Cistude rappellent que cette extension intervient dans un secteur stratégique pour la biodiversité camarguaise et celle de Crau, et demandent une analyse beaucoup plus exigeante des impacts environnementaux.
Une biodiversité largement sous-estimée
L’étude d’impact se concentre sur les seuls 30 ha du site et une étroite zone tampon de50 m, en minimisant les enjeux sur les aires situées à 1, 3, 5 et 10 km pourtant riches en habitats et en espèces patrimoniales. La méthodologie, fondée sur des inventaires ponctuels et une simple présence/absence, ne permet ni de mesurer les dynamiques écologiques, ni de saisir les véritables enjeux de conservation.
Les associations soulignent que le golfe de Fos se trouve sur un axe majeur de migration, avec des dizaines de millions d’oiseaux qui traversent chaque année le golfe du Lion à basse altitude. Des espèces emblématiques comme le héron pourpré, la spatule blanche, le flamant rose ou le faucon crécerellette utilisent les aires proches du site et sont susceptibles de fréquenter la zone d’étude rapprochée.
Au nord de la darse 2, l’ancien salin du Caban accueille, certaines années, plusieurs centaines de couples de laro-limicoles nicheurs, dont la mouette rieuse, les sternes ou l’avocette élégante. Leurs zones d’alimentation se situent dans le golfe de Fos, ce qui impose un va-et-vient aérien intense au-dessus de la darse 2, particulièrement vulnérable aux dérangements et aux aménagements prévus autour de cette darse.
Des effets cumulés ignorés dans une ZIP saturée
Si le dossier liste les nombreux projets industriels voisins (NoCarb, Gravithy, H4, Fos 3XL, lignes THT, etc.), il n’en tire aucune analyse sérieuse des impacts cumulés sur les espèces et les habitats. La destruction annoncée de prés salés sur substrat sableux intervient alors que ces mêmes milieux sont déjà menacés à plus grande échelle dans un rayon de plusieurs kilomètres.
Les nuisances lumineuses existantes et à venir, liées au travail de nuit sur l’extension d’Eiffage et aux autres installations de la zone, sont quasi absentes de l’analyse. Or, ces éclairages perturbent fortement les oiseaux migrateurs et les chauves-souris, en particulier dans un contexte de forte densité d’infrastructures et de trafic.
La circulation sur la RD268 atteint déjà environ 12 000 véhicules par jour et devrait encore augmenter avec le projet Fos 3XL, sans que cet enjeu ne soit réellement pris en compte. En période de vents violents, ce flux routier représente pourtant un facteur de mortalité non négligeable pour les oiseaux migrateurs et nicheurs, notamment ceux du salin du Caban.
Compensation : un ratio et un emplacement inadaptés
Les 9 ha de surfaces compensatoires proposés pour 7 ha détruits ne répondent ni à l’ampleur ni à la qualité des impacts annoncés, avec un ratio jugé insuffisant et des sites compensatoires mal situés en bord du Grand Rhône. Les associations dénoncent une vision trop comptable de la compensation, qui ne tient pas compte de la fonctionnalité écologique réelle des milieux.
FNE13 et Vigueirat Nature appellent le Grand Port Maritime de Marseille à jouer pleinement son rôle d’aménageur en mobilisant ses outils stratégiques (PGEN, SDPN, OAZIP 2030-2040) pour évaluer les impacts à l’échelle de l’ensemble de la ZIP. Seule une approche systémique, intégrant toutes les pressions anthropiques simultanées, permettra de définir des mesures de préservation et de compensation réellement efficaces.
Si le projet industriel d’Eiffage est jugé « pertinent et bien documenté » sur le plan technique, les associations constatent de graves lacunes sur l’évaluation écologique, les impacts cumulés et les mesures de compensation. En conséquence, FNE13 et Vigueirat Nature rendent un avis défavorable au projet d’extension d’Eiffage Métal dans sa version actuelle.




