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Nourrir ou empoisonner ? À Marseille, un procès choc sur les pesticides interdits

Nourrir la population ne peut pas rimer avec l’empoisonner. Le procès qui vient de se tenir à Marseille contre plusieurs agriculteurs pour usage massif de pesticides interdits en est une démonstration implacable, à laquelle FNE13 a choisi de répondre là où cela compte : devant les juges.

Du 12 au 14 janvier 2026, le tribunal judiciaire de Marseille a jugé six agriculteurs et leur fournisseur pour un trafic de grande ampleur de pesticides interdits, portant sur environ 3,5 tonnes de produits phytosanitaires illicites utilisés entre 2018 et 2024. Ces substances, importées notamment d’Espagne, de Belgique ou de Grèce, ont été appliquées sur près de 4 000 hectares de cultures maraîchères et fruitières destinées au grand public, dans les Bouches‑du‑Rhône et la Drôme.

Un procès hors norme

Les 7 prévenus sont poursuivis pour importation, détention, stockage et usage de produits sans autorisation de mise sur le marché, ainsi que pour faux et usage de faux, les pesticides ayant parfois été facturés comme de simples « engrais ». Le parquet a requis des peines de prison ferme, des amendes élevées et des interdictions d’exercer à l’encontre du principal intermédiaire et d’un maraîcher fournissant de grandes marques de la distribution.

Le procureur a requis 10 mois de prison ferme, 65.000 euros d’amende et une interdiction d’exercer une profession en lien avec l’agriculture contre Alain Hebrard qui fournissait les agriculteurs.

À l’encontre de son principal client, Didier Cornille, 58 ans, figure majeure du maraîchage, dont l’entreprise cultive près de 2 000 hectares dans les Bouches-du-Rhône — notamment pour l’approvisionnement en salades des marques Bonduelle et Florette ainsi que des enseignes Lidl, Leclerc, Intermarché et Super U — le ministère public a requis une peine de six mois d’emprisonnement ferme assortie d’une amende de 40 000 euros, ainsi qu’une sanction financière de 80 000 euros visant l’une de ses structures, la SCEA Reveny.

RESPECTUEUX PAR NATURE !

Slogan du site web de la société SCEA Reveny
© CC Source: pixabay.com / Auteur: gemuesegaertner

Des produits dangereux, des impacts durables

Parmi les substances en cause figure un insecticide neurotoxique potentiellement cancérogène, interdit dans l’Union européenne et très toxique pour les organismes aquatiques, la biodiversité et la santé humaine. Utilisés à flux tendu sur des cultures de salades, melons, tomates, céréales ou fruits, ces produits laissent planer un doute grave sur l’exposition des consommateurs comme des travailleurs agricoles.

Au‑delà des parcelles concernées, ce trafic révèle les angles morts du contrôle des pesticides : volumes échappant au suivi, fausses factures, absence de traçabilité réelle de produits pourtant susceptibles de se retrouver jusque dans nos assiettes. FNE13 rappelle que les premières victimes sont aussi les paysans eux‑mêmes, exposés depuis des années à des molécules dont la dangerosité est désormais clairement documentée.

FNE13, partie civile et lanceuse d’alerte

Face à ce dossier hors norme, FNE13 s’est constituée partie civile afin que la dimension environnementale et sanitaire de l’affaire soit pleinement prise en compte dans le débat judiciaire. La fédération agit aux côtés de France Nature Environnement Provence‑Alpes‑Côte d’Azur et du réseau national pour faire reconnaître le préjudice porté aux milieux naturels, à la qualité de l’eau, aux sols et au droit des citoyens à une alimentation saine.

Lors des audiences, les associations ont obtenu l’audition d’experts de la Brigade nationale d’enquêtes vétérinaires et phytosanitaires, qui ont rappelé qu’à ce stade de la réglementation, la « négligence » ne peut plus être invoquée comme excuse en matière de pesticides. Pour FNE13, ce procès doit faire date : il ne s’agit pas seulement de sanctionner quelques dérives individuelles, mais de poser un principe clair : l’impunité n’est plus une option lorsque la santé publique et l’environnement sont sciemment sacrifiés.

Pour une agriculture qui protège le vivant

En se portant en justice, FNE13 ne s’oppose pas au monde agricole, mais défend une agriculture qui respecte le vivant, les riverains et les consommateurs. Ce dossier montre au contraire que la concurrence déloyale de ceux qui trichent avec la loi fragilise les agriculteurs engagés dans des pratiques plus vertueuses et respectueuses des règles.

FNE13 appelle les pouvoirs publics à renforcer les contrôles, les moyens des services d’enquête et la transparence sur les chaînes d’approvisionnement, de l’importation des produits à la grande distribution. La fédération continuera à utiliser le droit comme outil de protection de l’environnement et de la santé, en accompagnant les citoyens, les salariés et les agriculteurs qui souhaitent sortir de la dépendance aux pesticides dangereux.

Et après le verdict ?

Au‑delà des peines qui seront prononcées, FNE13 estime indispensable que ce procès débouche sur des mesures concrètes de prévention : contrôles ciblés, retrait effectif des molécules interdites et accompagnement des exploitations vers des alternatives agroécologiques. Les surfaces et volumes concernés montrent qu’il ne s’agit pas d’un « dérapage » mais d’un système qu’il faut démanteler, du fournisseur jusqu’aux circuits de distribution.

La fédération invite les habitantes et habitants des Bouches‑du‑Rhône à rester vigilants, à signaler les situations suspectes et à soutenir les agriculteurs engagés dans des démarches de réduction drastique, voire de sortie des pesticides. Par son action en justice et sur le terrain, FNE13 continuera de porter une exigence simple mais non négociable : la terre qui nous nourrit ne doit plus être un terrain d’expérimentation pour des poisons interdits.


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