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Vallon d’Entressen : fin de partie pour le roi des déchets

La condamnation du propriétaire de la décharge illégale du Vallon d’Entressen marque une étape décisive dans un dossier emblématique des trafics de déchets et des atteintes à la plaine de la Crau.

Cette décision judiciaire ouvre enfin la voie à la fermeture du site et à une remise en état attendue depuis des années par les riverains, les agriculteurs et les associations, dont FNE13.

Une peine de prison et la fin annoncée d’une décharge hors-la-loi

Le tribunal judiciaire d’Aix-en-Provence a condamné Jean-Luc Girard, propriétaire des terrains du Vallon d’Entressen à trois ans de prison, dont deux ans avec sursis, la partie ferme étant aménageable sous bracelet électronique à domicile. Il se voit également interdit de gérer une entreprise pendant cinq ans, ses principales parcelles sont confisquées et il est contraint de remettre les terrains en état sous astreinte de 150 euros par jour.​

Son fils écope de 18 mois de prison avec sursis, d’une interdiction d’exercer toute activité liée aux déchets pendant trois ans et d’une obligation de remise en état de ses terrains. La société Le Vallon d’Entressen est, elle, dissoute, et la décision devra être affichée dans la presse et sur les supports officiels du ministère de la Transition écologique.​

Un trafic de déchets au cœur de la plaine de la Crau

Sur plusieurs hectares à cheval entre Saint-Martin-de-Crau et Istres, des dizaines de milliers de mètres cubes de déchets issus notamment du BTP se sont accumulés, formant de véritables collines artificielles pouvant dépasser dix mètres de hauteur. Les dépôts débordent jusqu’aux zones humides en connexion avec l’étang d’Entressen, au sein d’un espace agricole et naturel sensible reconnu pour la production de foin de Crau AOP.​​

Malgré des mises en demeure préfectorales successives, un arrêté de fermeture et des astreintes financières, les apports de camions ont continué pendant des années, transformant durablement le paysage et banalisant une activité illégale de gestion de déchets à ciel ouvert. Les brûlages répétés de déchets ont provoqué des pics de pollution aux particules fines et des nuisances intenses pour les habitants, comme l’ont documenté associations et organismes de surveillance de la qualité de l’air.​​

Des risques majeurs pour la nappe de la Crau et l’agriculture

Les excavations creusées dans le sol et les amas de déchets exposés aux intempéries font peser un risque de lessivage de polluants vers la nappe phréatique de la Crau, ressource stratégique pour l’irrigation, l’eau potable et les milieux naturels. Des experts et FNE13 alertent de longue date sur le danger d’une contamination durable, dans un contexte où d’autres sites de stockage historiques ont déjà lourdement impacté la qualité de l’eau.​​

À proximité immédiate de la décharge, des vergers et des champs en agriculture biologique ainsi que des prairies produisant du foin de Crau AOP pourraient voir leur image et leur valorisation menacées par cette « cicatrice » environnementale. Pour FNE13, la remise en état effective du site, le retrait des déchets les plus dangereux et un suivi hydrogéologique sérieux sont indispensables pour restaurer la confiance et protéger durablement l’activité agricole.​​

Une décision importante, mais encore incomplète

FNE13 salue une décision « intelligente » qui reprend plusieurs demandes portées par les associations : confiscation des terres, interdiction d’exercer dans le secteur des déchets et obligation de remise en état. L’association restera toutefois vigilante sur l’exécution concrète du jugement, la réalité de la dépollution et l’évaluation du préjudice écologique.​​

Des regrets subsistent : la provenance des déchets n’a pas fait l’objet d’investigations approfondies et seuls les exploitants du site sont aujourd’hui condamnés, pas les transporteurs ni les producteurs de déchets qui ont alimenté ce trafic. Pour FNE13, cette affaire doit rappeler à tous les donneurs d’ordre – publics comme privés – qu’ils peuvent eux aussi être poursuivis s’ils confient leurs déchets à des acteurs non conformes, et qu’il est impératif de tracer les flux pour tarir les filières illégales.​​

Le jugement impacte le propriétaire du site mais il ne sanctionne pas du côté des transporteurs et surtout des commanditaires de ce trafic. Nous continuons de mener nos investigations pour savoir d’où venaient les déchets.

(Stéphane Coppey • Photo © Jean-Luc Moya)

FNE 13 : vigilance et mobilisation pour la suite

Partie civile depuis plusieurs années, FNE13 poursuivra son engagement pour que la fermeture de la décharge soit réelle, que les dépôts soient évacués et que les terrains retrouvent, autant que possible, leur vocation agricole et naturelle. L’association demande en particulier la limitation stricte des accès au site, l’évacuation prioritaire des produits dangereux, la mise en place d’un suivi environnemental renforcé (air, sols, eaux) et des mesures de prévention du risque incendie.​​

Au-delà du Vallon d’Entressen, ce jugement illustre la nécessité de renforcer la lutte contre les trafics de déchets dans tout le département, en améliorant les contrôles, les sanctions et la responsabilité de l’ensemble de la chaîne, du producteur au transporteur.

FNE13 appelle citoyen·nes, riverain·es et agriculteurs à rester mobilisés et à signaler toute situation suspecte, afin que ce scandale ne puisse jamais se reproduire sur les terres de la Crau.​​