La cour administrative d’appel de Marseille a validé la poursuite d’exploitation de la centrale biomasse de Gardanne.
Sur le plan juridique, la décision clôt une étape importante du contentieux ; sur le plan écologique, économique et politique, elle laisse pourtant ouvertes les objections de fond qui accompagnent ce projet depuis des années.marseille.
Une centrale toujours contestée
Depuis sa conversion à la biomasse, la centrale de Gardanne est devenue l’un des dossiers les plus controversés de la région. Présentée comme un outil de transition énergétique, elle reste perçue par de nombreux acteurs comme un symbole des dérives d’un modèle qui prétend verdir la production d’électricité tout en reposant sur une combustion massive de bois.
Cette décision de justice ne change rien à cette réalité : le débat ne porte pas seulement sur la conformité d’un dossier administratif, mais sur la pertinence même du projet. Peut-on sérieusement parler d’énergie durable lorsque l’exploitation repose sur des volumes considérables de biomasse, avec des effets climatiques, forestiers et logistiques qui demeurent fortement discutés ?
Le poids de l’argent public
L’un des aspects les plus sensibles du dossier reste son coût pour la collectivité. Le Sénat relaie les observations de la Cour des comptes, qui évoque un soutien public potentiel supérieur à 800 millions d’euros, dans un cadre qualifié de juridiquement fragile après la résiliation du contrat initial et l’absence de nouvelle mise en concurrence.
À ce niveau d’engagement financier, la question n’est plus seulement celle d’une autorisation d’exploitation. Elle devient celle de la responsabilité publique. Comment justifier qu’un tel niveau de soutien soit maintenu pour une installation dont le bilan environnemental est constamment contesté et dont l’intérêt général apparaît, au mieux, très discutable ?
Des approvisionnements qui interrogent
La centrale est aussi critiquée pour son approvisionnement en bois, qui dépasse largement l’idée d’une ressource locale et maîtrisée. FNE13 et ses associations membres pointent des importations lointaines, parfois depuis le Brésil, qui alourdissent l’empreinte carbone globale du projet et brouillent totalement le discours d’une biomasse présentée comme propre et vertueuse.
Ce point est essentiel, car il touche au cœur même de la promesse écologique. Une centrale biomasse ne peut pas être évaluée uniquement à l’aune de sa production électrique. Il faut aussi compter le transport, la pression exercée sur les ressources forestières, les usages concurrents du bois et l’ensemble des impacts cachés que cette filière tend trop souvent à minimiser.
Une décision qui ne répond pas au fond
La cour administrative d’appel a cependant estimé que les irrégularités initiales avaient été corrigées par des études complémentaires et une nouvelle enquête publique, rendant l’autorisation conforme au droit. Mais cette validation technique ne suffit pas à éteindre les critiques de fond, ni à démontrer que le projet est cohérent avec les objectifs climatiques et environnementaux affichés par les pouvoirs publics.
C’est bien là tout le problème de Gardanne : le droit dit oui, mais la raison écologique continue de dire non.
Stéphane Coppey, Délégué Juridique
Cette centrale reste le symbole d’une politique énergétique qui veut concilier l’inconciliable, en soutenant une production présentée comme renouvelable tout en fermant les yeux sur ses coûts, ses effets et ses contradictions.
Un signal préoccupant
Pour les défenseurs de l’environnement, cette décision risque d’envoyer un signal inquiétant. Elle peut être lue comme la confirmation qu’un projet lourdement contesté peut survivre à condition de se conformer à la procédure, même si sa logique profonde demeure problématique.
À Gardanne, la question n’est donc pas close. Elle continue de poser un enjeu de fond : quelle transition énergétique veut-on réellement construire en Provence, et jusqu’où peut-on aller dans le soutien public à des installations dont l’impact réel contredit largement le discours de façade ?
Contact presse : Stéphane Coppey
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