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Liaison Fos–Salon : du réaménagement promis à l’autoroute imposée

Cinq ans après la clôture du débat public sur la liaison routière Fos–Salon, le projet refait surface dans une version profondément remaniée.

Là où les conclusions de la concertation privilégiaient un réaménagement de l’existant, limitant les impacts environnementaux, l’État présente désormais un projet de liaison autoroutière à 2×2 voies, assortie d’un péage et susceptible de traverser des espaces naturels et agricoles parmi les plus emblématiques du territoire.

Le contraste est saisissant. En 2021, le débat public avait permis de dégager un consensus relatif autour d’un projet plus modeste, visant à améliorer la sécurité et la fluidité de la route existante sans artificialiser davantage les milieux. Ce cap semble aujourd’hui abandonné.

Lors de la réunion du 22 juin 2026, organisée par la DREAL sous l’égide du sous-préfet d’Istres, les participants ont découvert un projet radicalement différent : une infrastructure autoroutière de 25 kilomètres, intégrant potentiellement un passage au cœur de la réserve naturelle de Poitevine-Regardevenir et des zones de production du foin de Crau AOP.

Ce changement de logique de logique, le passage de ce qui était présenté comme une amélioration de l’existant en autoroute a été dénoncé par plusieurs représentants associatifs membres de FNE13 et présents dans la salle, exprimant un profond sentiment de décalage, voire de tromperie.

Source : registre numérique liaison Fos-Salon

Un projet autoroutier financé par les usagers

Ce changement de cap s’explique en grande partie par la question du financement. Initialement envisagé sur fonds publics, le projet s’inscrit désormais dans une logique de concession autoroutière, dans un contexte de raréfaction des financements de l’État.

Selon les éléments présentés, deux scénarios de péage sont à l’étude, avec des tarifs pouvant atteindre 25 centimes par kilomètre pour les véhicules légers sur certaines sections. Une orientation qui confirme l’entrée du projet dans un modèle économique autoroutier, bien éloigné de l’intérêt général initialement affiché.

Plus largement, la liaison Fos–Salon pourrait être intégrée à une concession plus vaste incluant l’A54 et le futur contournement d’Arles, pour un investissement global évoqué à plus de 1,5 milliard d’euros, avec une mise en service à l’horizon 2035.

Une concertation sous tension

Dans la salle, les échanges ont été particulièrement vifs. De nombreuses questions sont restées sans réponses claires, obligeant les représentants de l’État à solliciter l’appui des élus et des acteurs économiques présents.

« On a le sentiment d’une concertation menée dans l’urgence, avec un calendrier déjà verrouillé », a regretté un membre du collectif Cistude, pointant un processus qui semble davantage viser à entériner des choix qu’à construire un projet partagé.

Le calendrier présenté prévoit en effet une finalisation rapide du dossier, avec une enquête publique dès 2028 et une mise en concession au début des années 2030.

Des enjeux essentiels ignorés

Au-delà de la méthode, c’est surtout l’absence de réponse aux enjeux de mobilité durable qui interroge. Le projet présenté reste centré sur une augmentation des capacités routières, sans stratégie globale.

Quid du développement du ferroviaire sur cet axe stratégique reliant le port de Fos à l’arrière-pays ? Quelle place pour les transports collectifs et les mobilités douces ? Comment améliorer la gestion des flux existants, souvent perturbés par des carrefours inadaptés ou des accidents, plutôt que par une saturation structurelle ?

Autant de questions laissées en suspens, alors même que des alternatives plus sobres et plus efficaces pourraient être mises en œuvre à court terme.

Un modèle d’aménagement dépassé

En doublant certaines sections, comme le contournement de Port-de-Bouc, le projet risque également d’encourager une urbanisation accrue et de porter atteinte à des espaces naturels et agricoles déjà fragilisés.

Pour les associations environnementales, ce basculement vers un projet autoroutier constitue une véritable impasse. Face à cette trajectoire, elles appellent à un retour à l’esprit initial du projet : un aménagement mesuré, financé sur fonds publics, accompagné d’un investissement massif dans les transports collectifs et le ferroviaire.

À l’heure de l’urgence climatique et de l’érosion de la biodiversité, la liaison Fos–Salon pourrait devenir un symbole des contradictions persistantes dans les politiques d’aménagement du territoire.