Actions de sensibilisation

Après la fermeture, la facture écologique de Fibre Excellence

Depuis la liquidation judiciaire de Fibre Excellence Provence à Tarascon, fin juillet 2026, le site classé Seveso « seuil bas » est au cœur d’une crise sécuritaire et environnementale majeure.

Entre déversements de produits chimiques, équipements de sécurité coupés et injonctions préfectorales ignorées, la situation inquiète riverains, syndicats et associations de protection de l’environnement.

Une usine à l’arrêt, mais toujours dangereuse

Placée en redressement judiciaire en avril 2026, puis en liquidation le 29 juillet par le tribunal de commerce de Toulouse, l’usine de pâte à papier de Tarascon employait encore 270 salariés avant sa fermeture définitive. Malgré l’arrêt de l’activité, le site conserve d’importants stocks de matières premières et de produits chimiques : environ 11 tonnes de bois, du peroxyde d’hydrogène, du propane, du fioul lourd, ainsi que des liqueurs noires issues du procédé de fabrication.

Ces substances, si elles ne sont pas correctement maîtrisées, peuvent provoquer des incendies d’ampleur ou des pollutions graves, notamment dans le Rhône, qui borde l’usine.

Des incidents révélateurs d’une gestion défaillante

Début septembre, un premier incident a sonné l’alerte : l’ouverture d’une vanne a entraîné le déversement d’environ 50 m³ de liqueur noire et d’un produit alcalin sur le site. Selon plusieurs sources, dont la CGT et des ex-salariés, ce sont ces derniers qui ont contenu la fuite lors de leurs derniers jours sur place, démontrant par là même l’incapacité du mandataire judiciaire à gérer la sécurité du site avec les moyens humains et techniques adéquats.

Quelques jours plus tard, de nouvelles fuites d’eaux anormalement chargées en produits chimiques ont été constatées, alimentant les craintes d’une pollution chronique du Rhône. La CGT évoque même jusqu’à 400 000 litres d’eaux contaminées déversées entre le 3 et le 6 septembre.

Pour assurer la sécurité d’un site Seveso, même à l’arrêt, des dispositifs spécifiques doivent rester opérationnels : systèmes de défense incendie, pompes de prélèvement dans le Rhône, station d’épuration capable de traiter les eaux de ruissellement potentiellement polluées.

Or, début septembre, le liquidateur judiciaire a fait couper une partie de l’alimentation électrique du site, entraînant l’arrêt partiel de ces équipements critiques. Seules quatre personnes, formées pendant trois jours par les ex-salariés, étaient alors présentes pour surveiller l’ensemble des installations.

L’État contraint le liquidateur à agir

Face à ces carences, la préfecture des Bouches-du-Rhône a multiplié les mises en demeure et les arrêtés d’urgence depuis fin août, enjoignant au liquidateur de :

  • remettre en service les équipements essentiels (pompes du Rhône, station d’épuration, défense incendie) ;
  • purger les canalisations et évacuer les produits chimiques dangereux ;
  • embaucher des moyens humains compétents en nombre suffisant.france24+2

Le liquidateur a contesté ces injonctions devant le tribunal administratif, qui l’a débouté, confirmant l’obligation légale de sécuriser le site. Le préfet a alors publiquement sommé le mandataire de « se bouger » et de cesser de « prendre en otage » l’environnement et les riverains.

Le 8 septembre 2026, l’État est passé à l’étape supérieure en réquisitionnant le site de Fibre Excellence Tarascon. Cette mesure exceptionnelle permet aux services de l’État d’imposer directement la mise en œuvre des mesures de sécurité, en contournant l’inertie du liquidateur.

Des inspecteurs de la DREAL (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) sont chargés de vérifier sur place la bonne exécution des prescriptions. En cas de nouveau manquement, le liquidateur s’expose à des amendes administratives pouvant atteindre 45 000 euros, plus 4 500 euros par jour de retard.

Ce que demandent associations, syndicats et riverains

Au-delà des mesures d’urgence, les acteurs locaux, les associations de protection de l’environnement et collectifs de riverains réclament une sortie de crise claire et transparente :

  • l’évacuation complète et sécurisée de tous les produits chimiques restants ;
  • le nettoyage des réseaux d’assainissement et des égouts internes au site ;
  • la remise en service pérenne de la station d’épuration tant que des risques subsistent ;
  • le maintien d’une équipe de gardiennage et de surveillance qualifiée, en nombre suffisant ;
  • la garantie que les pompes du Rhône restent opérationnelles en cas d’incident sur les stocks de bois ou de produits chimiques.

Tous insistent sur un point : la vétusté de l’usine, dénoncée depuis des années, ne doit pas servir d’alibi pour laisser l’environnement et la population subir les conséquences d’une liquidation mal gérée.

Pour France Nature Environnement Bouches-du-Rhône, cette affaire illustre les risques systémiques liés à la fermeture d’installations industrielles classées, surtout lorsqu’elles sont situées à proximité immédiate d’un cours d’eau majeur comme le Rhône. Elle rappelle aussi que la responsabilité environnementale ne s’arrête pas à la cessation d’activité : tant que des substances dangereuses sont présentes, la sécurisation du site doit être effective, financée et contrôlée.

FNE13 continuera de suivre de près l’évolution de la situation à Tarascon, de relayer les alertes des riverains, et d’interpeller les autorités pour que la mise en sécurité de Fibre Excellence ne soit pas un simple exercice formel, mais une réalité tangible, vérifiable et durable.