Communiqués / Avis

Data centers : pour une implantation maîtrisée, planifiée et compatible avec les limites écologiques

Marseille et les Bouches-du-Rhône connaissent un développement très actif de leurs infrastructures de données et donc des data centers. Bien que ces infrastructures répondent à des usages numériques devenus essentiels, leur multiplication ne peut se poursuivre sans stratégie d’ensemble.

Selon une étude de l’ADEME, la consommation électrique des 352 data centers en France à environ 10 TWh (2,2 % de la demande nationale), soit l’équivalent de l’électricité consommée par 9 à 10 agglomérations de plus de 100 000 habitants pendant un an. À l’horizon 2035, cette consommation pourrait être multipliée par 3,7 à 4,4 selon les scénarios, l’intelligence artificielle et l’externalisation jouant un rôle clé.

Aujourd’hui, les projets de data centers sont souvent présentés séparément, au gré des opportunités foncières, des capacités de raccordement électrique ou des stratégies d’investisseurs. Cette approche au cas par cas empêche d’apprécier les effets cumulés de ces installations sur l’eau, l’énergie, les sols, le climat et les populations.

FNE13 appelle donc à mettre fin à une implantation tous azimuts. Aucun nouveau projet ne devrait être autorisé sans avoir été replacé dans une vision régionale, nationale et de long terme des besoins numériques.

Une étude environnementale préalable obligatoire

Cette étude doit porter sur l’ensemble du cycle de vie du projet et pas uniquement sur l’emprise du bâtiment.

Elle doit notamment examiner :

  • la consommation électrique réelle et ses perspectives d’évolution ;
  • les besoins en eau pour le refroidissement ;
  • l’origine de l’électricité mobilisée ;
  • les émissions de gaz à effet de serre ;
  • l’artificialisation et l’imperméabilisation des sols ;
  • les nuisances sonores et la chaleur rejetée ;
  • les risques d’incendie et les besoins en groupes électrogènes ;
  • les effets cumulés avec les autres installations industrielles et numériques ;
  • la compatibilité du projet avec les ressources disponibles localement.

La création d’un data center doit être soumise à une étude environnementale complète, indépendante et accessible au public.

L’eau n’est pas une ressource illimitée

Le refroidissement des serveurs peut mobiliser des volumes importants d’eau, parfois dans des territoires déjà confrontés aux sécheresses et aux tensions hydriques. Dans les territoires méditerranéens, cette question doit être centrale. Aucun projet ne devrait pouvoir s’implanter sans démontrer que son fonctionnement est compatible avec les disponibilités de la ressource en eau, y compris lors des épisodes de sécheresse et dans un contexte de changement climatique.

FNE13 demande que l’utilisation d’eau potable pour le refroidissement soit strictement limitée et que les solutions de réutilisation des eaux non conventionnelles soient systématiquement étudiées.

L’électricité doit rester au service de l’intérêt général

Les data centers fonctionnent en continu et nécessitent une alimentation électrique considérable. Leur raccordement au réseau peut créer une concurrence avec des usages essentiels : logements, transports collectifs, hôpitaux, services publics, électrification de l’industrie ou développement des énergies renouvelables.

Le principe du « premier arrivé, premier servi » souvent appliqué dans l’allocation de la puissance électrique peut favoriser les projets les plus rapides et les plus solvables, sans garantir qu’ils répondent aux priorités des habitants.

FNE13 estime que la puissance électrique disponible doit être planifiée démocratiquement. Elle ne peut être attribuée en fonction de la seule capacité financière des opérateurs.

Planifier à l’échelle régionale

La région doit définir une stratégie de localisation des infrastructures numériques. Cette planification doit intégrer les capacités énergétiques et hydriques, la disponibilité du foncier, les risques naturels, les réseaux de chaleur, les besoins des populations et les trajectoires de réduction des émissions.

Les documents d’urbanisme, notamment les SCoT et les PLUi, doivent permettre aux collectivités de maîtriser l’implantation des data centers, plutôt que de la subir. La proposition de loi adoptée par le Sénat en mars 2026 prévoit justement de renforcer la prise en compte des enjeux de transition énergétique, de consommation d’espace et d’aménagement du territoire dans les documents de planification.

Pour FNE13, une planification régionale ne peut pas se limiter à faciliter l’accueil de nouveaux opérateurs : elle doit aussi fixer des limites, définir des zones d’exclusion et hiérarchiser les besoins.

Mesurer les retombées pour les habitants

Les promoteurs de data centers mettent souvent en avant la souveraineté numérique, l’innovation et l’emploi. Ces arguments doivent être vérifiés et mis en regard des impacts réels.

Les collectivités doivent connaître précisément le nombre d’emplois créés, leur nature, leur pérennité et leur niveau de qualification. Elles doivent également mesurer les recettes fiscales attendues, les coûts d’aménagement, les besoins en infrastructures et les éventuelles contraintes imposées aux services publics.

Pour FNE13, un data center fortement consommateur d’électricité et d’eau, mais créant peu d’emplois directs, ne peut être présenté comme un projet d’intérêt général sans bilan transparent et contradictoire.

Valoriser la chaleur produite

Les serveurs produisent une chaleur importante, aujourd’hui encore insuffisamment valorisée. Tout projet devrait présenter, dès sa conception, un dispositif crédible de récupération et de réutilisation de cette chaleur fatale.

Cette valorisation ne doit pas rester une promesse théorique. Elle doit être techniquement démontrée, financée et adaptée aux besoins locaux : réseaux de chaleur, bâtiments publics, logements, équipements sportifs ou activités économiques.

Pour FNE13, la priorité doit également être donnée aux modèles moins énergivores, plus compacts, mieux intégrés dans le tissu urbain et conçus pour limiter les besoins de refroidissement.

Garantir un véritable débat public

Les habitants ne doivent pas découvrir les projets une fois les décisions prises et les raccordements réservés. La concertation doit intervenir en amont, au moment où plusieurs scénarios sont encore possibles.

La démocratie environnementale ne consiste pas à expliquer une implantation déjà décidée. Elle consiste à permettre de discuter de son opportunité, de sa localisation, de son dimensionnement et de ses alternatives.

FNE13 demande que les dossiers soient rendus publics, que les données de consommation soient vérifiables et que les citoyens, associations, collectivités et experts indépendants puissent participer à l’évaluation des projets.

Pour une pause utile et responsable

Il ne s’agit pas de refuser les usages numériques ni de nier les besoins de stockage et de traitement des données. Il s’agit de refuser que la puissance publique accompagne automatiquement chaque projet au nom de l’attractivité, sans vérifier sa compatibilité avec les limites écologiques et les intérêts des habitants.

Le numérique ne peut être durable que s’il respecte les ressources dont il dépend.

FNE13 propose un temps de pause afin d’établir un état des lieux national et régional des data centers existants et projetés. Cette pause doit permettre d’évaluer les capacités réelles des réseaux, les ressources en eau disponibles et les impacts cumulés des infrastructures numériques.

FNE13 appelle donc à une régulation fondée sur les connaissances scientifiques, la sobriété, la transparence et la planification régionale : pas de data center sans étude environnementale complète, sans débat public et sans démonstration de son utilité collective.