Présenté comme une activité de tri et de préparation de déchets, le site d’Istres pourrait en réalité devenir un maillon important d’une filière industrielle fondée sur la production et l’acheminement de combustibles issus de déchets.
Le projet prévoit d’augmenter la capacité globale du site, qui passerait d’environ 75 000 à 90 000 tonnes de déchets traités par an. Jusqu’à 60 000 tonnes de CSR (Combustibles Solides de Récupération), des combustibles fabriqués à partir de déchets, pourraient être conditionnées sous forme de balles.
Ces déchets seraient broyés, criblés, débarrassés d’une partie de leurs métaux, puis filmés et stockés avant leur expédition vers des unités de valorisation énergétique. ENSO ne brûlerait pas directement ces combustibles, mais son activité participerait pleinement à l’organisation d’une filière dont l’aboutissement est l’incinération ou la combustion dans des installations thermiques.
Pour notre fédération, cette réalité doit être clairement portée à la connaissance du public. Il ne s’agit pas d’une simple opération de recyclage ou de préparation logistique, mais d’une activité qui contribue à transformer des déchets en combustibles destinés à être brûlés.

Une capacité considérable dans un territoire déjà très sollicité
Le stockage prévu représenterait près de 3 000 m³ de CSR, avec une autonomie annoncée d’environ sept jours de fonctionnement. En cas de difficulté d’évacuation, notamment par voie ferroviaire, le dossier reconnaît que les capacités pourraient rapidement être atteintes et conduire à un refus de nouveaux apports.
Cette dépendance à l’évacuation régulière des déchets combustibles constitue un point de vigilance important. Elle pose la question des risques liés au stockage, aux incendies, aux nuisances et aux transports, dans un secteur déjà fortement marqué par les activités industrielles et logistiques.
Le dossier estime à environ 148 le nombre quotidien de mouvements liés au fonctionnement du site, en intégrant les apports, les enlèvements, les personnels et les fournisseurs. L’augmentation prévue des tonnages pourrait accentuer la circulation des poids lourds et les nuisances pour les riverains.

Quel approvisionnement pour le projet IREN ?
Le projet ENSO doit également être examiné à la lumière du projet d’unité thermique porté par SUEZ. Aucun contrat ni accord d’approvisionnement entre les deux opérateurs n’est identifié dans les pièces consultées. Il serait donc excessif d’affirmer qu’ENSO fournira directement IREN.
Mais l’hypothèse d’une complémentarité industrielle ne peut être écartée. ENSO pourrait disposer d’une capacité de production de 60 000 tonnes de combustibles conditionnés par an, tandis qu’IREN rechercherait des volumes importants de déchets à haut pouvoir calorifique. Les deux projets sont proches géographiquement et pourraient mobiliser des flux similaires.
Cette situation appelle des réponses précises de la part des porteurs de projets et des autorités compétentes :
- les tonnages préparés par ENSO sont-ils intégrés dans les prévisions d’approvisionnement d’IREN ?
- des discussions ou des essais de compatibilité ont-ils eu lieu entre les deux opérateurs ?
- quels déchets seront réellement utilisés par IREN ?
- les gisements annoncés sont-ils disponibles ou déjà mobilisés par d’autres installations ?
- comment éviter que les mêmes tonnages soient comptabilisés plusieurs fois dans les différents dossiers ?
Des effets cumulés encore insuffisamment évalués
Pour FNE13, l’enjeu ne se limite pas à chaque installation prise séparément. ENSO, IREN et les autres projets de traitement ou de préparation de déchets doivent faire l’objet d’une évaluation globale.
Les effets cumulés pourraient concerner :
- le trafic de poids lourds sur la N569 et les voies d’accès au secteur du Tubé ;
- les émissions atmosphériques et les poussières ;
- le bruit et les nuisances pour les riverains ;
- les risques d’incendie liés au stockage de déchets combustibles ;
- les transports entre Istres, Fos-sur-Mer, les plateformes multimodales et les unités thermiques ;
- la pression exercée sur les ressources foncières et les infrastructures locales.
Une analyse projet par projet risque de masquer les conséquences réelles de la concentration de plusieurs activités liées aux déchets sur un même territoire. C’est pourquoi nous demandons une étude cumulée, transparente et actualisée, intégrant l’ensemble des installations existantes et projetées.
La traçabilité des déchets en question
Le dossier ENSO prévoit que les apports soient mélangés avant traitement et que les balles soient produites de manière indifférenciée. Cette organisation soulève une difficulté majeure : celle de la traçabilité.
Si les combustibles sont ensuite expédiés vers une unité thermique, comment garantir leur origine, leur composition et leur conformité ? Comment vérifier qu’ils ne contiennent pas de matières incompatibles avec l’installation destinataire ? Comment distinguer les déchets produits localement de ceux provenant d’autres territoires ? Et comment éviter qu’un même tonnage soit comptabilisé successivement comme déchet entrant, combustible préparé puis combustible valorisé ?
Ces questions ne sont pas secondaires. Elles touchent à la transparence des filières, au contrôle des flux et à la capacité des citoyens à mesurer réellement les impacts des projets industriels.
Pour une information complète du public
Nous considèrons que l’extension d’ENSO Provence doit être replacée dans une réflexion plus large sur l’avenir de la gestion des déchets dans le bassin istréen et autour de l’étang de Berre.
Avant toute autorisation, les pouvoirs publics devraient rendre publics le plan d’approvisionnement d’IREN, les éventuels échanges entre ENSO et SUEZ, les caractéristiques précises des combustibles produits ainsi qu’une évaluation des effets cumulés sur le trafic, la qualité de l’air, les risques industriels et le stockage des déchets.
En l’état, aucun lien contractuel entre ENSO et IREN n’est établi. Mais la capacité annoncée d’ENSO et sa spécialisation dans la préparation de combustibles issus de déchets montrent que le projet pourrait jouer un rôle important dans la structuration de cette filière. Cette perspective justifie une vigilance renforcée et une information complète des habitants avant toute décision.
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